De l’autonomie du Paysage
2013
Viviane Huys

Extrait de : "Paysage et iconographie (édition électronique)"
Sous la direction de Dominique Poulot ; 135e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Neuchâtel, 2010

Dominique Poulot, Aya Sakkal, Paul Fermon, Emilie Rawlinson, Viviane Huys, Christian Germanaz, Anne Jarrigeon, Julia Bonaccorsi
Paris, Éditions du CTHS
2013
p. 41 - 54
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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On présente souvent le Paysage en tant que genre pictural comme résultant d’un processus qui peu à peu aurait vu arbres, vallons et montagnes, peints pour eux-mêmes et non plus comme ce qui est susceptible de définir un cadre, un contexte, simple réceptacle ou écrin de ce qui se joue dans le tableau.
Mais peut-on dire du paysage qu’il ait effectivement conquis une autonomie devenue explicite durant la période classique lorsque Nicolas Poussin ou encore Claude Gellée, dit Le Lorrain, forts des expériences de leurs aînés flamands, peignirent plaines, massifs rocheux ou encore frondaisons verdoyantes ?
Si la place occupée par le paysage devint historiquement, certes, prépondérante, le rendant pleinement sujet du tableau, nous nous proposons de montrer que ce phénomène n’est pas propre au xviie siècle d’une part et que, d’autre part ce que nous nommons « autonomie » n’est en réalité qu’une modification de la hiérarchisation des éléments qui composent le tableau. Et si le paysage n’était, en effet, qu’un invariant pictural occupant là, le rôle principal, ici, un rôle secondaire ; tantôt, faire-valoir d’une action qui demeurerait, sans lui, insignifiante, tantôt prétexte à une interrogation de la peinture elle-même ?
En effet, si le Paysage semble alors exister pour lui-même, il est rarement exempt d’autres composants qui, bien que pouvant paraître mineurs, sont déterminants, usant de nouvelles modalités de cohabitation avec ce qui fait le paysage. Enfin, s’il revient souvent au critique, au théoricien ou à l’Historien de l’art de définir ce que l’on entend communément par « paysage », il convient d’interroger celui-ci en tant que dispositif plastique autant qu’esthétique et de comprendre ses fonctions. Ces dernières, illustratives, décoratives, narratives sont également discursives et procèdent d’une grammaire picturale que nous tenterons de mieux saisir.
Ainsi la question sera bien celle du statut de ce que l’on a coutume de nommer autonomie du paysage que nous examinerons à travers des exemples significatifs empruntés aussi bien aux périodes antique et médiévale que moderne et contemporaine.