Du mémoriel au mémorial : esquisse d’une typologie cultuelle autour des monuments aux morts de la guerre de 1914-1918
2013
Nicolas Risso

Extrait de : "Commémorer et dénoncer la guerre (édition électronique)"
Sous la direction de Pierre-Yves Le Pogam et Martine Plouvier
136e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Perpignan, 2011
Textes de ‘Ada Acovitsióti-Hameau, Françoise Bayard, Serge Bianchi, Isabelle Delorme, Marie-Noële Denis, Sylvaine Guinle-Lorinet, Charles Guisset-Chinarro, Benoît Jordan, Franck Kacy, Annie Lagarde-Fouquet, Coline Morice, Danièle Pingué, Renaud Pingué, Édith Pirio, Damien Richard, Virginie Riou, Nicolas Risso, Chloé Rosati-Marzetti, Isabelle Rouge-Ducos, Henri Veyradier
2013
p. 155-161
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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La Première Guerre mondiale a donné naissance à un nouveau type de commémoration, et ce dès 1915, où des dispositions réglementaires sont prises pour « honorer la mémoire des soldats morts pour la patrie », dispositions formalisées par la loi du 25 octobre 1919 au titre évocateur de « loi relative à la commémoration et à la glorification pour la France au cours de la Grande Guerre ». En 1921, une nouvelle loi fixe la commémoration de la Grande Guerre aux 1er et 2 novembre de chaque année. Pourtant, après débat et malgré l’Union sacrée, une nouvelle mesure est prise par le législateur le 24 octobre 1922 « fixant au 11 novembre la commémoration de la victoire et de la paix ». Ces dispositions législatives sont en elles-mêmes le témoignage d’un nouveau type de commémoration qui se dessine dans l’espace public au lendemain de la Grande Guerre. C’est entre douleur, piété et volonté politique que va se construire l’acte même de commémoration publique. Dès 1915 et, de façon plus affirmée, dès 1919 se met en place un culte public des morts jusque-là réservé à l’espace du culte religieux. D’une certaine façon, on assiste alors au passage de la notion de mémoire des fidèles défunts à celle de commémoration des héros de la guerre. Ce glissement s’opère de façon visible à travers le transfert de la notion d’obituaire ou de nécrologe (propre au culte catholique), qui se matérialise souvent par un obituaire paroissial placé dans l’église (paroissiale ou cathédrale), vers ce qu’il est convenu d’appeler les monuments aux morts communaux installés au cœur de l’espace public.