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19/07/2024 - DISPARITION DE DENIS MENJOT

C'est avec une grande tristesse que le CTHS a appris ce jour le décès de Denis Menjot, membre de la section "Histoire et philologie des civilisations médiévales".

Denis MENJOT (9 avril 1948-16 juillet 2024)



Avec la disparition de Denis Menjot, le CTHS perd une figure marquante et attachante de la section Histoire et philologie des civilisations médiévales. Il en a été membre de très nombreuses années, et a su faire profiter de son savoir et de son expertise notre communauté. Sa longue carrière, sa très riche production scientifique dans le champ de l’histoire urbaine et fiscale de la fin du Moyen Âge, sa renommée internationale, les responsabilités administratives qu’il a exercées tout au long de sa vie professionnelle et académique, disent à elles seules l’intense activité qui a été la sienne dans l’université française.
Denis Menjot avait fait de l’Espagne son laboratoire d’étude. Sa thèse, soutenue en 1990 à l’université de Nice sous la direction de Jean Gautier Dalché, a été publiée en 2002 à la Casa de Velázquez. Intitulée Murcie castillane : une ville au temps de la frontière (1243-milieu du XVe siècle), elle s’impose par son ampleur et la richesse de son questionnement. L’étude tente de montrer comment, sous domination castillane et dans un contexte général de crise, la ville, en position de frontière, conçoit un modèle original de développement et d’urbanisation. Parmi les points qui retiennent l’attention de Denis Menjot dans ce travail, il y a la question de la fiscalité. Ce thème va devenir par la suite central dans son activité de recherche, au point de l’imposer comme l’un des grands spécialistes des fiscalités urbaine et étatique de la fin des temps médiévaux. Avec Manuel Sánchez Martínez, il dirige chez Privat entre 1996 et 2004 quatre volumes qui font date sur la fiscalité des villes de l’Occident méditerranéen à la fin du Moyen Âge, et qui étudient successivement : l’étude des sources (1), les systèmes fiscaux (2), la redistribution (3) et la gestion de l’impôt (4). Ce travail collectif de vaste ampleur d’un groupe de chercheurs franco-espagnol, a été prolongé par d’autres enquêtes non moins importantes, à l’image du colloque de Bercy de 2001 qu’il codirigea avec Albert Rigaudière et Manuel Sánchez Martínez, dans le cadre des activités du Comité pour l’histoire économique et financière de la France, et dont les actes sont parus en 2005 sous le titre : L’impôt dans les villes de l’Occident méditerranéen, XIIIe-XVe siècle. Il prolonge cette réflexion par la mise sur pied, toujours avec Manuel Sánchez Martínez, dans le cadre d’une recherche collective, d’un instrument de travail essentiel, à savoir un Glossaire critique de la fiscalité médiévale, consultable en ligne.
L’accent mis sur la fiscalité dans ses travaux n’a pas pour autant fait oublier à Denis Menjot l’histoire plus générale des villes et de l’Espagne. Sur les villes, il est l’auteur avec Patrick Boucheron et Marc Boone du tome 2 de l’Histoire de l’Europe urbaine, dirigé par Jean-Luc Pinol, La ville médiévale, paru en 2003. Important par son amplitude géographique et chronologique, le livre montre entre autres que les nouvelles communautés urbaines qui se constituent à partir du XIIe siècle sont des sociétés politiques dans lesquelles s’inventent non seulement des manières particulières de travailler, d’habiter et de cohabiter, mais aussi des pratiques de gouvernement que les hommes au pouvoir prétendent exercer au nom du bien commun. Laboratoires pour la fiscalité, les villes ont aussi été des laboratoires de la pratique politique. Plus récemment (2015), il a codirigé avec Léonard Courbon l’ouvrage : La Cour et la ville dans l’Europe du Moyen Âge et des Temps Modernes, paru chez Brepols. Par cet ouvrage, il participe à la relecture qui tend à faire de la ville et de la cour deux mondes qui, loin de s’opposer, se sont souvent interpénétrés. Sur l’Espagne, qu’il n’a jamais abandonnée dans ses travaux sur la fiscalité, il écrit un manuel ambitieux dans la collection Carré Histoire Les Espagnes médiévales, 409-474 (1996), ainsi que plusieurs notices pour des dictionnaires et encyclopédies (Lexicon des Mittelalters, Encyclopedia for the Middle Ages). Plus largement, Denis Menjot, dont le sens du collectif doit être loué, a été un passeur entre les historiographies espagnole et française, et beaucoup de jeunes chercheurs, de part et d’autre des Pyrénées, lui doivent beaucoup.
Agrégé d’histoire, docteur d’État en 1990, Denis Menjot a débuté sa carrière à l’Université de Nice comme maître de conférences, avant d’être nommé professeur d’histoire médiévale à l’Université de Strasbourg 2 en 1991, qu’il quitte en 1996 pour l’Université Lumière Lyon 2 où il enseigne jusqu’à sa retraite académique. Dans chacun de ses postes il a toujours exercé des fonctions d’animation et d’administration de la recherche : à Nice comme secrétaire général, puis directeur du Centre d’Études Médiévales de Nice ; à Strasbourg comme codirecteur de l’Institut d’histoire médiévale et directeur-adjoint de l’URA CNRS 1010 (Cultures, Arts et Sociétés des villes européennes) ; à Lyon comme directeur du CIHAM/UMR 5648 (Histoire, Archéologie, Littératures des mondes chrétiens et musulmans médiévaux) de 2003 à 2010.
Membre français du comité international de l’European Association of Urban Historians, il en a été le président à partir de 2006. Il a été très impliqué dans la Société Française d’histoire urbaine qui voit le jour en 1998, et dont il a assuré la présidence dans les années 2010. Au cours de sa carrière, il a siégé au CNU, dans la section 21. Il a également eu des responsabilités au sein des instances de l’ANR.
Membre très actif au sein de la section Histoire et philologie des civilisations médiévales du CTHS, dont il a été membre du bureau dans les années 2010, Denis Menjot a dirigé plusieurs actes de Congrès, auxquels il assistait chaque année, et où il avait à cœur de présider une session. Dans les volumes dont il a eu la responsabilité, citons : Le paysage des réseaux : les routes historiques (Congrès de Neuchâtel, 2010 ; édition électronique 2012), et Les voyageurs au Moyen Âge (dir. avec Henri Bresc) (Congrès de La Rochelle, 2005 ; édition électronique 2008). En 2022, il avait pris en charge avec Florence Bourillon, dans le cadre du Congrès qui se tenait pour la première fois au Campus Condorcet, l’organisation d’une table ronde sur les Périphéries urbaines, dont les actes doivent paraître à l’automne 2024.
Le 11 juillet 2019, lors d’une cérémonie qui s’est déroulée à l’Université Lumière Lyon 2, lui a été remis un volume de mélanges, où ses collègues et amis ont pu lui exprimer la dette intellectuelle qu’ils avaient à son endroit. Intitulé Cultures fiscales en Occident du Xe au XVIIe siècle, fort de 28 contributions, l’ouvrage se veut un témoignage d’estime et d’amitié. Retenons, dans la présentation qu’en ont donné les maîtres d’œuvre du volume, ces quelques paroles, qui résument l’historien Denis Menjot et l’esprit de son œuvre :
« Denis Menjot est de ceux qui défrichent de nouveaux champs de la recherche, questionnent des sources pas toujours très bavardes, décryptent les processus de formation et les dynamiques des systèmes fiscaux. Il est encore de ceux qui défendent une histoire globale de la fiscalité et se refusent à n’y voir que techniques et chiffres. Il est enfin de ceux qui s’interrogent et croisent les fils entre histoire et présent. Le prélèvement fiscal, la fraude, la redistribution des ressources sont quelques-uns des champs explorés, intéressant tant l’idée de bien commun au Moyen Âge que celle de civisme fiscal de nos jours ».
Denis Menjot laisse une œuvre de première importance, marquante à plus d’un titre, écrite par un homme dont ceux qui l’ont connu et fréquenté garderont le souvenir d’un être généreux, à l’éternel sourire, toujours conciliant, aimant éperdument les relations humaines.



Olivier MATTEONI
Président de la Section Histoire et philologie des civilisations médiévales du CTHS
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