La controverse sur l’existence des nappes en Algérie du nord
un exemple de conflit scientifique nord-sud - 2005
Alain Coutelle

Extrait de : "Les suds. Construction et déconstruction d'un espace national (édition électronique)"
sous la direction de Claudine Vassas, préface de Jean-Pierre Albert ; 126e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Toulouse, 2001

Odile Gannier, Pierre F. Burollet, Bernard Bousquet et Pierre-Yves Péchoux, Paul Gonnet, Alain Coutelle, Patrick Cabanel et Maryline Vallez, Michèle Toucas-Bouteau, Hervé Terral, Anne Zink, Christophe Ruhles, Bruno Berthier, Frédéric Duhart, Isabelle Téchoueyres, Anne Burollet, Faustine Régnier-Bohler
Paris, Éditions du CTHS
2005
p. 67-86
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Implantée sur un terrain presque totalement vierge d'études préalables, la géologie algérienne commence en 1830, avec le débarquement des troupes françaises à Sidi Ferruch. Cependant, au lieu de rester une filiale africaine fidèle à ses origines septentrionales, « l'école d'Alger » va développer une géologie autonome, assez efficace, mais trop portée vers les solutions simples. C'est ainsi qu'en tectonique, les géologues algériens seront naturellement autochtonistes. Sur ce point, les premiers désaccords se font jour en 1896, lors d'une réunion extraordinaire de la Société géologique de France, en particulier de la part du célèbre géologue alpin Marcel Bertrand. Plus tard, Pierre Termier, Louis Gentil et Léonce Joleaud tenteront de montrer que l'Algérie du nord est un pays de nappes. Ils avaient raison sur le principe, mais leurs démonstrations trop rapides, mal assurées, voire erronées, seront facilement combattues par les Algériens, menés par Émile Ficheur, élève d’Auguste Pomel, le « père » de la géologie algérienne. Venant également de la métropole, Louis Glangeaud arrivera, lui aussi, à la conclusion qu'il existe des nappes en Algérie, sans vraiment convaincre, non plus, la nouvelle génération de géologues algériens, Justin Savornin, Marius Dalloni et Jacques Flandrin. C'est à André Caire, un élève de Louis Glangeaud, que revient le mérite d'avoir démontré, définitivement, que la chaîne alpine d'Algérie du nord est bien une chaîne de nappes. L'interruption des travaux liée à la guerre d'Algérie (1954-1962) et l'exode des Pieds-Noirs amèneront la dispersion de l'école géologique algérienne. La nouvelle génération qui reprendra le travail le fera dans une ambiance « allochtoniste », assurant ainsi la reprise en main « nordiste » de la géologie tellienne.