L'Auvergne et ses familles entre le sud et le nord
2005
Anne Zink

Extrait de : "Les suds. Construction et déconstruction d'un espace national (édition électronique)"
sous la direction de Claudine Vassas, préface de Jean-Pierre Albert ; 126e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Toulouse, 2001

Odile Gannier, Pierre F. Burollet, Bernard Bousquet et Pierre-Yves Péchoux, Paul Gonnet, Alain Coutelle, Patrick Cabanel et Maryline Vallez, Michèle Toucas-Bouteau, Hervé Terral, Anne Zink, Christophe Ruhles, Bruno Berthier, Frédéric Duhart, Isabelle Téchoueyres, Anne Burollet, Faustine Régnier-Bohler
Paris, Éditions du CTHS
2005
p. 121-137
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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On pourrait considérer que la limite entre la France du sud et celle du nord serait celle qui sépare les dialectes de langue d'oc de ceux de langue d'oïl. En Auvergne, elle passait au début du XXe siècle un peu au nord de la limite qui sépare le Puy-de-Dôme de l'Allier, à proximité de celle qui, avant la Révolution, séparait l'Auvergne du Bourbonnais.
La coutume du bourbonnais est sur bien des points très semblable à celle de l'Auvergne, mais elle stipule la communauté entre époux et tout en affirmant que les communautés de vie doivent être fondées sur un contrat, elle permet aux communautés taisibles de disposer d'un droit minima alors que la coutume d'Auvergne les ignore et n'accorde à la femme que sa dot. Dans la pratique, la différence est encore plus nette : alors que les deux coutumes permettent d'avantager un enfant, les Bourbonnais respectent l'égalité. En Auvergne, les dispositions inégalitaires sont de plus en plus nombreuses quand on s'enfonce vers le sud en s'éloignant du Bourbonnais. On rejoint ainsi la limite qui, dans le sud de la haute Auvergne, sépare le droit coutumier du droit écrit. Sur certaines cartes cette limite peut, elle aussi, être censée séparer la France du nord de celle du sud. On peut la mettre en rapport avec des bassins fluviaux.
J'ai donc continué mes observations sur le Sud du département actuel du Cantal, sans oublier de prêter attention aux îlots de droit écrit qu'on trouve déjà plus au nord, au cœur de l'Auvergne coutumière. Plus facilement encore que la coutume d'Auvergne, le droit écrit permet d'avantager un enfant mais il n'y oblige pas, il cède à la liberté du père de famille mais fondamentalement lui aussi est égalitaire. La pratique reflète la proximité des deux droits, il n'y a aucune spécificité des juridictions de droit écrit et l'altitude n'est pas vraiment non plus un facteur déterminant.
S'il y a une différence entre le Nord et le Sud, c'est un autre critère qui pourrait la révéler. En recherchant dans les minutes notariales les contrats de mariage, les testaments, les partages et les arrangements, j'ai pu sans peine relever les procès-verbaux d'assemblées de communautés rurales : ils étaient plus nombreux et témoignaient d'une plus grande autonomie au fur et à mesure qu'on allait vers le sud.