La valorisation du patrimoine monumental : révélateur d’une souveraineté transfrontalière oubliée
2005
Bruno Berthier

Extrait de : "Les suds. Construction et déconstruction d'un espace national (édition électronique)"
sous la direction de Claudine Vassas, préface de Jean-Pierre Albert ; 126e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Toulouse, 2001

Odile Gannier, Pierre F. Burollet, Bernard Bousquet et Pierre-Yves Péchoux, Paul Gonnet, Alain Coutelle, Patrick Cabanel et Maryline Vallez, Michèle Toucas-Bouteau, Hervé Terral, Anne Zink, Christophe Ruhles, Bruno Berthier, Frédéric Duhart, Isabelle Téchoueyres, Anne Burollet, Faustine Régnier-Bohler
Paris, Éditions du CTHS
2005
p. 149-175
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Les provinces de Catalogne, de Navarre, de Flandre, de Lorraine, d’Alsace, de Savoie, etc., sont aujourd’hui regardées comme de curieuses entités dites « périphériques » par rapport à l’hexagone français alors que la plupart d’entre elles furent longtemps autonomes dans une logique transfrontalière au regard des limites nationales actuelles.
Deux ou trois siècles de politique nationale française, italienne ou espagnole exacerbée ont-ils étouffé à jamais en ces montueuses régions l’idée profondément en-fouie dans les mémoires collec-tives indigènes de massifs ouverts à toutes les circulations ? Doit-on notamment dans les Alpes occi-dentales qualifier d’utopiques les es-sais croissants de réactivation des liens culturels transfrontaliers ? Ici comme dans les vallées ou pié-monts pyrénéens les populations locales ne redécouvrent-elles pas grâce au vecteur de la mise en ré-seau touristique de leur patrimoine artistique ou monumental, sur fond de programmes de recherche et de développement désormais pour partie financés sinon initiés par la CEE (projets INTERREG), une aire politique autrefois cohérente dont ce patrimoine bâti repré-sente la précieuse relique en qualité d’empreinte au sol d’une souveraineté formelle évanouie ?
Encore convient-il de rendre intelligible la signification historique de ce patrimoine, de s’attacher à le replacer dans le contexte qui l’a vu naître. Quoi qu’il en soit des paradoxes dégagés par son analyse et prenant acte de la vertu hautement pédagogique de ce patrimoine, la reconnaissance d’une identité transfrontalière peut passer en Savoie comme dans toutes les provinces des anciens États du même nom, par l’analyse de la carte d’implantation des édifices de style baroque élevés du XVIIe au XVIIIe siècle sous les auspices des pouvoirs civils et religieux puis de celle, pour les deux siècles suivants, de l’implantation de forteresses sou-cieuses de nier toute souveraineté alpine autonome en marge des États-nations du temps (XIXe et XXe siècles).