L'honneur du métier. Groupes socioprofessionnels et identité dans la ville médiévale
2008
Jean-Louis Roch

Extrait de : "Le travail au Moyen Âge (édition électronique)"
sous la direction de Henri Bresc ; 127e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Nancy, 2002

Yassir Benhima, Jesus Cortes Mateo, Manuel Perez Belanche, Alain Mélo, Arnaldo Sousa Melo, Jean-Louis Roch, Guillaume Romaneix, Bruno Sintic
Paris, Éditions du CTHS
2008
p. 58-73
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Le monde artisanal est générateur de formes spécifiques du lien social. Les métiers ou, comme on le dira plus tard, les corporations sont le lieu essentiel où va pouvoir s'affirmer l'honneur des individus sans honneur, de ceux qui n'ont pas eu la chance de naître « honorables ». Poser ici la question de l'identité individuelle et collective, c'est aborder ce monde du travail urbain sous un angle inhabituel, celui des rapports de l'individu au groupe, celui des rapports des groupes à la société urbaine, la manière dont ils s'inscrivent dans une hiérarchie sociale. Ces métiers ne cessent de s'affirmer les uns par rapport aux autres, et les frottements, les frictions, les conflits qui en résultent révèlent les enjeux : une lutte pour l'honneur, toujours recommencée, qui est d'ailleurs aussi une lutte pour gagner sa vie dans une économie où moralité et business sont étroitement liés. Deux domaines seront explorés : d'une part une étude des conflits comme révélateurs, mais aussi créateurs d'identité, menée à partir des archives judiciaires et en particulier des lettres de rémission ; d'autre part une étude sur l'honneur du métier tel qu'il est mis en jeu dans les cérémonies et les fêtes urbaines, les arti in processione pour reprendre le titre d'un bel article d'Antonio Pini. Il y a là un corpus qui commence seulement à être exploré. Ces sources ne permettent qu'exceptionnellement d'accéder au vécu artisanal, il n'y a rien au Moyen Âge qui ressemble à la chronique de Chavatte, sayetteur lillois du XVIIe siècle ; c'est de l'extérieur que nous accéderons au lien social, à ce qui lie l'artisan à son métier et les métiers à la société où ils s'inscrivent.