Les ermites et le travail à l'époque moderne
2008
Philippe Masson

Extrait de : "Le travail comme catégorie culturelle (édition électronique)"
sous la direction de Jean-René Trochet ; 127e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Nancy, 2002

Philippe Martin, Philippe Masson, Christine Naslin-Gaudin, Hervé Le Bret, Noël Barbe, Odile Join-Lambert, Marie-Armelle Barbier-Le Déroff, Cécile Blondeau, Valeria Siniscalchi, Paul van der Grijp, Michel Pigenet, Sébastien Paul, Bruno Étienne
Paris, Éditions du CTHS
2008
p. 19-29
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Dans les textes sacrés israélites ou chrétiens, le travail apparaît comme négatif. Constituant la punition d'Adam, il est une des conséquences du péché originel. Ainsi, tout au long du Moyen Âge, il est peu considéré car il est le signe du péché et de la condition la plus basse dans la société. En même temps, le travail est voulu par Dieu ; travailler est donc faire la volonté de Dieu. De plus il est un des fondements de l'organisation de l'homme en société.
Les ermites sont ceux qui choisissent de quitter le monde pour se retirer dans la solitude afin de se consacrer à la rencontre avec Dieu. Fuyant la société, ils réfutent l'obligation de travailler et, jusqu'à l'époque moderne, vivent de la charité de leurs contemporains, lesquels perçoivent les solitaires comme de purs contemplatifs. Cependant, le lien qui unit les ermites au travail n'est pas inexistant. Mais l'activité apparaît avant tout comme un moyen d'édification. À partir du XVIIe siècle, sous la pression conjointe des autorités politiques et religieuses, la situation va évoluer. Les rois légifèrent contre les mendiants. En 1657, les hôpitaux généraux sont mis en place afin de lutter contre la mendicité. La quête, qui constituait pour les anachorètes le principal moyen de subvenir à leur existence, est interdite. Les évêques vont ordonner aux solitaires dans les rituels, statuts synodaux ou règlements de congrégations d'ermites, l'exercice d'activités agricoles afin d'assurer par eux-mêmes leur subsistance. Ainsi, le travail va opérer un bouleversement du quotidien anachorétique, lequel était immuable depuis la Thébaïde.