Musique et travail en France au XIXe siècle
questions d'identités, d'action sociale et de patrimoine - 2008
Christine Naslin-Gaudin

Extrait de : "Le travail comme catégorie culturelle (édition électronique)"
sous la direction de Jean-René Trochet ; 127e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Nancy, 2002

Philippe Martin, Philippe Masson, Christine Naslin-Gaudin, Hervé Le Bret, Noël Barbe, Odile Join-Lambert, Marie-Armelle Barbier-Le Déroff, Cécile Blondeau, Valeria Siniscalchi, Paul van der Grijp, Michel Pigenet, Sébastien Paul, Bruno Étienne
Paris, Éditions du CTHS
2008
p. 31-36
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Quand le musicien a-t-il été reconnu comme travailleur ? C'est une question à laquelle il est encore difficile de répondre précisément. Cependant, on observe que, durant la longue période qui s'étend de la Révolution à la fin du Second Empire, des événements politiques, des évolutions sociales et des débats juridiques ont favorisé l'évolution de la représentation et de la reconnaissance de l'artiste dans la société française. Les jeunes aristocrates contraints à l'émigration furent obligés d'exercer une activité qu'ils concevaient jusqu'alors comme un loisir. La question du droit du musicien à jouir pleinement des fruits de son travail a été soulevée à la même époque ; question récurrente sur laquelle travaillera longuement la Commission sur la propriété littéraire et artistique en 1863. Entre ces deux pôles historiques, le statut de l'artiste devient celui d'un contractuel, négociant les termes de son contrat, dénonçant les abus des entrepreneurs de spectacle. Le XIXe siècle est celui où apparaissent les premiers conflits sociaux dans le monde musical.
C'est aussi la période durant laquelle l'artiste s'intéresse de plus en plus au monde du travail : les bruits de l'activité humaine (marchande ou artisanale) deviennent une source d'inspiration pour le compositeur. Il existe, écrit G. Kastner en 1857, une musique sociale liée à la vie des cités, qu'il faut retranscrire et valoriser.
Le XIXe siècle se caractérise enfin par le développement de la musique amateur, en particulier dans les entreprises. Des sociétés philharmoniques ou orphéoniques apparaissent alors, qui occupent les travailleurs et garantissent la cohésion sociale, tout en créant une hiérarchisation nouvelle au sein de l'entreprise.
Ainsi, trois niveaux d'approche sont possibles (le musicien-travailleur, le travail comme source d'inspiration, la musique dans l'entreprise) qui témoignent bien de l'étroitesse des liens unissant musique et travail dans la France du XIXe siècle.