Les identités ouvrières entre culture de métier, pratiques sociales et normes juridiques
l'exemple des dockers (1947-1992) - 2008
Michel Pigenet

Extrait de : "Le travail comme catégorie culturelle (édition électronique)"
sous la direction de Jean-René Trochet ; 127e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Nancy, 2002

Philippe Martin, Philippe Masson, Christine Naslin-Gaudin, Hervé Le Bret, Noël Barbe, Odile Join-Lambert, Marie-Armelle Barbier-Le Déroff, Cécile Blondeau, Valeria Siniscalchi, Paul van der Grijp, Michel Pigenet, Sébastien Paul, Bruno Étienne
Paris, Éditions du CTHS
2008
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Adoptée dans l'urgence et sans débat, la loi du 6 septembre 1946 fixa pour près d'un demi-siècle les conditions d'exercice de la profession de docker, les garanties et les obligations qui s'y attachaient, en bref son « statut ». Celui-ci couronnait des décennies de luttes discontinues, mais souvent spectaculaires, destinées à établir au moyen d'un strict contrôle du marché du travail, une distinction entre l'intermittence inhérente à la manutention portuaire et la précarité qui lui était associée. Par-là, le texte marquait l'achèvement du long processus de construction d'une identité professionnelle. Si les employeurs trouvaient leur compte dans l'assurance de pouvoir bénéficier, en ces temps de pénurie, d'une main-d'œuvre stabilisée et expérimentée, le compromis n'enregistrait pas moins la puissance acquise par des syndicats faisant corps avec le groupe ouvrier. Il ouvrait simultanément la voie à de nouvelles pratiques collectives sur les lieux mêmes du travail. À ce titre, l'exemple des dockers amène à souligner la part des références juridiques et réglementaires, à la fois imposées et revendiquées, comme facteur de structuration des normes de conduites et représentations socioprofessionnelles. Il invite aussi à s'interroger sur les possibles contours d'un système socioéconomique en mesure de satisfaire aux exigences d'une flexibilité dissociée de la précarité.