Le poids de l'antique chez les voyageurs italiens des XIVe et XVe siècles
2009
Jean LACROIX

Extrait de : "L'Antiquité vue par les voyageurs (édition électronique)"
Sous la direction de François BARATTE ; 130e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, La Rochelle, 2005

Claire BARAT, Cécile DESLANDES, Bernard DOUMERC, Jean-Pierre GRELOIS, Céline GUILMET, Lucile HAGUET, Jean LACROIX, Pascale LINANT DE BELLEFONDS, Gwendoline PLISSON, Virginia SALAMANQUES PEREZ, Esther SANCHEZ-MEDINA, Zinovia VERGHIS
Paris, Éditions du CTHS
2009
p. 78-91
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)
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Religieux, marchands, guerriers ou aventuriers, les voyageurs italiens des XIVe et XVe siècles inscrivent avec enthousiasme la nouveauté dans leurs relations de voyage. L'exotisme ou l'insolite capte toute leur curiosité qui le dispute même à leur foi de chrétiens.
Le poids textuel à l'aune de l'ancien sert de test d'abord, chez tous, et se présente comme garant de leur « récit », en premier lieu le référent antique gréco-romain ; et c'est tout le procès du Livre que révèlent leurs écrits, sous quelque forme que ce soit.
Tout n'est pas nouveau, à vrai dire, et le contact avec des réalités forcément « nouvelles » se heurte, chez tous, au texte antérieur, très ancien qui « fait foi », en dépit des séductions exercées sur eux par l'inconnu.
Et pourtant une mutation lentement va s'opérer qui, progressivement, met à l'écart et oblitère le témoignage écrit qui avait jusque- là force de loi. Une nature brutalement et parfois longuement côtoyée, échange, « goûtée » va même devenir matière à enseignement : tout voyage en pays lointain revêt alors une éminente fonction pédagogique, fait figure de nouvelle éthique.
Naissent alors de nouvelles « autorités » beaucoup plus contemporaines qu'auparavant : Dante par exemple ; une connaissance infiniment plus sensorielle est le prélude ou l'accompagnement d'une nouvelle relation voir-transcrire. Avec ou après l'Asie, l'Afrique aide l'auteur-voyageur à afficher sa propre identité au contact de l'autochtone, c'est-à-dire des réalités à proprement parler indigènes.
Le récit des découvertes d'une certaine objectivité, que celles-ci soient asiatiques, africaines ou amérindiennes, n'émerge donc que lentement, non uniformément, s'affranchissent parfois difficilement de l'autorité livresque ancienne pour ne gagner qu'au XVIe siècle en authenticité identitaire.
Longtemps ayant fonctionné comme Livre du Passé, la relation de voyage n'est devenue que peu à peu, non sans de vives contradictions, Livre du Futur, relativement autonome par rapport au poids matriciel « à l'antique ».