Représentation du temps et de l’éternité d’après les enluminures du Beatus de Facundus (1047)
2010
Claude Carozzi

Extrait de : "Imaginer et représenter l'au-delà (édition électronique)"
Sous la direction de Pierre-Yves LE POGAM ; 132e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Arles 2007

Tomaso Di FRAIA, Bernard ARQUIER, Nadine GUILHOU, Martin GALINIER, Claude CAROZZI, Pierre-Yves LE POGAM, Marlène DELSOUILLER, Jean-Pierre SUAU, Yannick FRIZET, Bernard COUSIN
Paris; Éditions du CTHS
2010
p. 63-80
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)
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Le Beatus de Facundus est un manuscrit daté de 1047 qui contient deux commentaires réunis par Beatus lui-même à la fin du viiie siècle. Celui de l’Apocalypse de Jean est formé d’extraits d’auteurs anciens, tandis que celui du Livre de Daniel est de saint Jérôme. Le livre de Beatus a été recopié et illustré de nombreuses fois entre la fin du viiie siècle et le xiiie siècle. Nous en avons conservé 26 exemplaires. Celui qui a été copié et peut-être enluminé par Facundus et ses aides, a été commandé par le roi Ferdinand 1er de Leon Castille et son épouse la reine Sancha dont les deux noms figurent dans un colophon et dans un acrostiche. Il contient une série d’images du folio 6 au folio 17 qui servent d’introduction à la totalité du livre. La première [fig.1] montre le Christ Créateur et maître du temps entre les jambages d’un Alpha et tenant l’Omega de sa main gauche. La deuxième [fig. 2] représente l’Agneau vainqueur portant la croix. À l’intérieur des angles qu’elle forme figurent les quatre termes Pax, Lux, Rex et Lex. L’Alpha et l’Omega sont aussi représentés suspendus aux bras de la croix. Ces deux images successives donnent le sens du livre entier dont le texte et les illustrations montrent l’itinéraire à suivre pour aller vers le salut et l’éternité. Les nom du roi Ferdinand et de la reine Sancha sont figurés de façon cruciforme dans l’acrostiche, qui fait face à la représentation de la croix portée par l’agneau [fig. 3 et 4]. Leur mission est de guider le peuple vers le salut. Le rapport entre le temps et l’éternité est à la base du type de représentation choisi par Facundus et ses commanditaires. Il se traduit notamment par deux représentations de l’Église, aux folios 116v et 253v [fig. 6 et 7] : dans la première elle est dans le temps, mais dirigée par le Christ depuis l’éternité, dans la seconde elle est dans l’éternité sous la forme de la Jérusalem céleste au centre de laquelle se trouve le Christ. Ce Beatus de Facundus est désigné dans l’acrostiche comme un livre de mémoire, celui qui doit donc rester dans la mémoire de ses commanditaires, et auxquels il doit servir de modèle de comportement dans leur fonction sous le contrôle du Christ, modèle de la royauté terrestre.