Les Tsiganes en France : une mobilité sous haute surveillance
2011
Emmanuel Filhol

Extrait de : "Perception de l'altérité culturelle et religieuse (édition électronique)"
Sous la direction de Liliane Kuczynski et Claudine Vassas ; 130e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, La Rochelle, 2005

Françoise BAYARD, Karine SALOME, Gérard BODE, Michel RASPAUD, Özkan BARDAKCI, Jean-Pierre FARGANEL, Xavier CORDE, Caroline LEHNI, Marie-Pierre DAUSSE, Corinne MARACHE, Emmanuel FILHOL, John Patrick GREENE, Eric ROULET, Liliane KUCZYNSKI, Jacques de CAUNA
Paris, Éditions du CTHS
2011
p. 146-161
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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À partir de la seconde moitié du xviie siècle, un renversement d’attitude de la part des élites et du pouvoir à l’égard du mode de vie nomade des Tsiganes entraîne l’adoption de mesures répressives. Les Bohémiens sont confondus avec les « errants et vagabonds » et pourchassés à ce titre en France et dans toute l’Europe. Le destin de la diffuse « nation bohémienne » bascula une fois de plus au milieu du xixe siècle, quand de nouvelles migrations de Tsiganes venus d’Europe danubienne et balkanique furent provoquées par la libération des liens de servage. L’arrivée de ces petits groupes familiaux singulièrement exotiques déclencha une vague d’hostilité, et l’on accusa les Bohémiens, surtout après la guerre de 1870, d’être des agents au service de l’Allemagne. Le recensement général de 1895 de tous les « nomades, bohémiens et vagabonds », la surveillance et le fichage des nomades par les Brigades régionales de police mobile créées en 1907 à l’initiative de Clemenceau avec pour prolongement la loi de juillet 1912 sur le port du carnet anthropométrique d’identité, un système discriminatoire et disciplinaire qui allait durer près de soixante ans, l’internement de Tsiganes alsaciens et mosellans, pourtant dotés de certificats d’option, durant la Première Guerre mondiale, sont autant d’étapes qui jalonnent ensuite un dispositif de contrôle et de répression utilisé par la France républicaine envers les « nomades ». Au cours de la Seconde Guerre mondiale, les Tsiganes français seront assignés à résidence, puis internés dès octobre 1940 sur ordre de l’occupant allemand.