Un ecclésiastique dans l’ombre du pouvoir sous Louis XIV : Vincent Ragot, abbé de Beaumont (c. 1624-1714)
2012
Michèle Virol

Extrait de : "Les Oubliés de l'histoire (édition électronique)"
Sous la direction de Régis Bertrand et Jean Duma
134e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Bordeaux, 2009
Textes de Germaine Aujac, Armelle Bonin-Kerdon, Mylène Costes, Pascal Even, Xavier Gélinas, Stéphane Gomis, Jacqueline Goy, Marie-Claire Groessens-Van Dyck, Monique Gros, Roger Hanoune, Albert Hesse, Aurore Hillairet, Olivier Justafré, Katia Khemache, Gillette Labory, Philippe Mainterot, Maurice Messiez, Catherine Ngefan, Nathalie Pelier, Monique Pelletier, Gilbert Pilleul, Jacques Puyaubert, Michel Tanase, Hervé Terral, Anne-Marie Touzard, Claudy Valin, Olivier Vernier, Régis Verwimp, Michèle Virol, Jean-Roger Wattez
Éditions du CTHS
2012
p. 93-101
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Rien ne prédisposait Vincent Ragot, chanoine et chantre de la cathédrale de Tournai, à devenir l’inspirateur d’un projet de réforme fiscale connu et condamné en 1707. Mêlé aux querelles religieuses du début du règne de Louis XIV, ce docteur de Sorbonne décrit par ses contemporains comme érudit, studieux mais sulfureux et procédurier, s’était illustré dans la défense des actions de Nicolas Pavillon, évêque de la Contre-Réforme, ne craignant pas de s’attaquer aux concussionnaires, aux prévaricateurs, aux violences nobiliaires en Languedoc ou aux décisions de l’assemblée du clergé de France. À Tournai, où il avait accédé à de hautes fonctions ecclésiastiques à partir de 1670, il faisait respecter la morale tridentine et s’intéressait, aux côtés de l’intendant, à la politique française en Flandre wallonne.
C’est alors qu’il est considéré comme gênant par Louvois, désireux d’écarter cet ami d’Antoine Arnauld d’une province nouvellement conquise, et par l’évêque de Tournai, Gilbert de Choiseul, sans doute jaloux de son autorité. Soupçonné d’avoir épousé sa servante, Vincent Ragot doit brutalement se démettre de ses charges ecclésiastiques et mener une vie clandestine, de relégation en relégation. Condamné à rester désormais et pour toujours dans l’ombre, il propose ses services de plume à Vauban et inspire le projet de La Dîme royale en veillant à rester dans l’anonymat.