Comment les Français ont nommé les plantes du Québec
2012
Bernard Rollet

Extrait de : "La Langue française, vecteur d'échanges culturels (édition électronique)"
Sous la direction de Marie-José Dalbera-Stefanaggi et Marie-Rose Simoni-Aurembou
133e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Québec, 2008
Textes de Melissa Barkat-Defradas, Henri Bresc, Jean-Philippe Dalbera, Marie-José Dalbera-Stefanaggi, Rachida El Ghannami, Jacques Fortin, Sanda Golopentia, Amélie Hamel, Fabrice Jejcic, Geneviève Joncas, Élisabeth Motte-Florac, Caroline Piquet, Bernard Rollet, Marie-Rose Simoni-Aurembou, Christiane Villain-Gandossi
Éd. du CTHS
2012
p. 163-176
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Lorsque les migrants français arrivèrent au Québec en 1608, ils furent confrontés à des plantes qui ressemblaient à celles de France, et à d’autres totalement inconnues. Il fallut bien les nommer pour les utiliser, les bois en particulier, si indispensables. Le processus de nomination des plantes du Québec a été excellemment résumé par le frère Marie-Victorin dans l’introduction de sa Flore laurentienne, publiée en 1935. Il y a distingué quatre catégories de noms vernaculaires avec des exemples, sans toutefois pousser l’analyse plus avant.
L’analyse des noms vernaculaires populaires de plantes peut se faire selon plusieurs axes de recherche : proportions des espèces nommées (par exemple, seulement quatre espèces d’aubépines sur un total de quarante-sept ont reçu un nom vernaculaire), concision, redondance, précision, structures des noms vernaculaires. Toutes les espèces ligneuses du Québec sont étudiées et, plus sommairement, les herbacées.
En comparant les noms vernaculaires de plantes dans diverses langues et dans divers pays, des analogies émergent : au Canada, aux Antilles, à l’île Maurice pour le français et l’anglais ; dans toute l’Amérique pour l’espagnol ; au Brésil pour le portugais et le tupi ; en Afrique du Sud pour l’afrikaans et l’anglais ; en Australie et en Nouvelle-Zélande pour l’anglais, etc.
La littérature, en particulier les romans régionalistes, a quelquefois utilisé les noms vernaculaires de plantes pour augmenter l’effet d’authenticité et de couleur locale : Louis Hémon et Antonine Maillet au Québec, Alejo Carpentier en Guadeloupe, Rómulo Gallegos au Venezuela..., et sporadiquement Chateaubriand dans ses évocations des forêts du Nouveau Monde. La nomination des plantes par des étrangers venant coloniser des terres nouvelles semble suivre des processus universels.