De la mémoire familiale aux problématiques historiennes : la fabrique de balais et le café de la Paix, une maison de village en Gironde (XIXe-XXe siècles)
2012
Nathalie Gintzburger

Extrait de : "Mémoire familiale, objets et économies affectives"
Sous la direction de Tiphaine Barthélémy et Joël Candau
134e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Bordeaux, 2009
Textes de Frédéric Balard, Françoise Bayard, Julien Bernard, Véronique Dassié, Maïté Etchechoury, Dominique Frère, Nathalie Gintzburger, Marie-Isabelle Merle Des Isles, Laurent Regard, Émilie Sureau, Romain Thomas
Éditions du CTHS
2012
p. 129-139
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Une maison de village, en Gironde, recèle les archives de quatre générations d’habitants depuis la fin du XIXe siècle : fabricants de balais, boulangers, cafetiers et petits propriétaires terriens. Leurs traces se déclinent sous la forme de manuscrits, imprimés, photographies et objets hétéroclites. Dans ce corpus épars et dense, deux niveaux de lecture sont possibles pour l’historien : ce que l’archive dévoile du déroulement des existences, dans le quotidien et dans l’événement, sur une durée dépassant la simple existence humaine, et dans ce cadre particulier de la maison de famille ; mais aussi le reflet de prescriptions, de mise en œuvre d’une morale, et l’espace dévoilé d’une prise de distance et de liberté, d’affirmation de soi, à travers en particulier les pratiques scripturaires. L’historien aussi est acteur de l’archive, travaillant sur des traces qui n’étaient pas conçues comme des objets de mémoire mais qui le sont devenues à travers ses propres interrogations, de son point de vue mis à distance par l’écoulement du temps et par les éloignements infimes ou fondamentaux des époques révolues. La mémoire familiale s’invente et se perd au gré des affects des hommes et du temps qui détruit les traces, dans le cadre clos de la maison qui protège et conserve.