Albert Sarraut, 1872-1962, des sommets de l’État à l’oubli
2012
Pierre Guillaume

Extrait de : "Être reconnu en son temps : personnalités et notables (édition électronique)"
Sous la direction de Maurice Hamon et Ange Rovère
134e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Bordeaux, 2009
Éditions du CTHS
2012
p. 27-40
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Peu d’hommes politiques de la IIIe République ont eu une carrière publique aussi riche et aussi longue qu’Albert Sarraut. Député puis sénateur radical de l’Aude de 1902 à 1945, Albert Sarraut fut notamment secrétaire d’État à l’Intérieur (1906), ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts (1914-1940), des Colonies (1926-1928, 1937, 1938, 1938-1940), de la Marine (1930-1931), président du Conseil (octobre-novembre 1933 et janvier-juin 1936).
Il fut également gouverneur général de l’Indochine ou encore ambassadeur en Turquie dans le contexte très difficile des années vingt, puis président de l’assemblée de l’Union française de 1951 à 1958.
Conjointement avec son frère Maurice Sarraut, il présida aux destinées de La Dépêche de Toulouse, journal radical-socialiste de tout premier plan qui pesa d’un grand poids sur la vie politique nationale.
On peut ajouter qu’il fut déporté en Allemagne en 1944, et reconnu ultérieurement comme grand amateur d’art avec son élection à l’Académie des beaux-arts.
Le manque d’enthousiasme des éditeurs à inclure dans leurs collections de biographies, souvent si répétitives, un Albert Sarraut montre combien ce personnage est aujourd’hui démodé, par son radicalisme comme par sa conception – à son heure moderniste – de la colonisation et, peut-on ajouter, modérée de la décolonisation. L’oubli dans lequel il est aujourd’hui plongé ne doit rien ni au hasard ni au manque de sources (un fonds Albert Sarraut existe aux archives départementales de l’Aude), mais c’est la mise entre parenthèses délibérée d’une partie du passé national jugée encore indigne de susciter des lieux de mémoire ou des commémorations, sans appeler pour autant des repentances. Ce sont les raisons de cet oubli que nous essayons de dégager dans cet article.