« Condempné et déclaré estre ladre » : Simon Lecourt, un « riche marchant tanneur » qui perd la face : essai d’anthropologie historique sur le bouc émissaire
2012
Damien Jeanne

Extrait de : "Être reconnu en son temps : personnalités et notables (édition électronique)"
Sous la direction de Maurice Hamon et Ange Rovère
134e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Bordeaux, 2009
Éditions du CTHS
2012
p. 189-202
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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L’honneur constitue la trame des relations humaines. La cohésion sociale repose sur le capital de la renommée. Or, une réputation est volatile. En cas de crises, la communauté désigne un bouc émissaire qui, une fois écarté, apaise les tensions. Les lépreux, qui cumulent des signes victimaires, peuvent devenir la proie du peuple en furie. Les Mémoires de Claude Haton offrent un exemple de ce phénomène. À Provins, en 1579, les récoltes sont désastreuses. En octobre, Simon Lecourt, un « riche marchant tanneur » scandalise. Le « bruict commun » l’accuse d’être lépreux. Il s’en défend. Pour l’éloigner, on engage des actions en justice. Des rumeurs circulent. Lecourt serait mort. Pour certains, le ladre étant décédé sans rite de séparation, il faut tuer le bétail. Par peur panique que le cheptel ne soit confisqué par les gens du roi, la foule abat une multitude de porcs. Le sacrifice des animaux remplace le rituel avorté. La cérémonie d’entrée en léproserie est un substitut de sacrifice humain.