Point de vue d’océanographe : peut-on parler de paysage sous-marin ?
2012
Christian C. Emig

Extrait de : "Perceptions scientifiques du monde marin"
Sous la direction de Jean-Pierre Gély
135e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Neuchâtel, 2010
Textes de Rita Auriemma, Alain Coutelle, Christian C. Emig, Snjezana Karinja, Sophie Litzler, Bénédicte Percheron
Éd. du CTHS
2012
p. 43-51
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Le terme « paysage sous-marin », apparu au milieu au XIXe siècle, correspond pratiquement à un nomen nudum. Il a été mis à la mode depuis les années 1990 par une simple transposition du paysage terrestre au sous-marin. Il tend à devenir une formule d’appel touristico-commercial. Et pourtant, ce terme est un contresens à la définition du paysage : « Vue d’ensemble, qu’offre la nature, d’une étendue de pays, d’une région » donnée par Le Trésor de la langue française informatisé (2007). Il est aussi un contresens scientifique. Les sciences de la mer, appartenant à l’océanographie, soulignent toutes la spécificité du domaine marin par rapport au terrestre. L’usage de « paysage sous-marin » est lié à un processus de socialisation et de territorialisation de l’espace sous-marin de la part des géographes et des acteurs socioéconomiques. Ces derniers affirment la vocation récréative et touristique de la zone sous-marine côtière, ce qui aggrave la vulnérabilité littorale et condamne cet environnement.

The expression “underwater landscape” that began to be employed in the mid 19th century should be considered a nomen nudum. Since the 1990’s transfer of the word “landscape” to the maritime domain has become general, particularly so on the Internet where the well-respected National Geographic, among many others, advertises them. It has become a commercial formula for the tourist business. Yet the word landscape used here is itself a misinterpretation of the original sense of the word (see ATILF-CNRS 2007): “Vue d’ensemble, qu’offre la nature, d’une étendue de pays, d’une région.” (Overall view, that nature offers, of an expanse of a country, of a region.) “Underwater landscape” is also a scientific contradiction and inconsistency. The marine sciences, oceanography in particular, all emphasize the differences between marine and terrestrial processes, the oceans still relatively pristine, but undergoing popularization and territorialization to the benefit of geographers and socioeconomic exploiters. They emphasize the entertainment and scenic attractions of the coastal marine areas, which adds greatly to the vulnerability of the adjacent coastal fringe and dooms the fragile littoral environment.