Sacrifier son rang pour faire la guerre : la figure du général volontaire dans la France moderne
2013
Fadi El Hage

Extrait de : "Combattre à l'époque moderne (édition électronique)"
Sous la direction de Bernard Gainot et Benjamin Deruelle
136e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Perpignan, 2011
Benjamin Deruelle, Paul Vo-Ha, Pascal Arnoux, François-Xavier Petit, Laurent Lemarchand, Guillaume Lasconjarias, Arnaud Guinier, Fadi El Hage, Nathalie Alzas, Pol Vendeville, Rémi Masson, Emilie Dosquet, Simon Surreaux
2013
p. 73-83
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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En 1703, Vauban, fraîchement promu maréchal de France, voulut conduire les travaux du siège de Kehl, bien que, dit Louis XIV, « cet emploi [était] au-dessous de [sa] dignité ». « Je laisserai le bâton de maréchal de France à la porte et j’aiderai peut-être à la prise de la place », répondit Vauban. Ces paroles furent érigées en modèle de sacrifice des rangs, titres et honneurs afin de continuer à servir l’État.
Cet esprit de sacrifice, qui n’était pas unique, se mélangea à la figure du volontaire, combattant engagé volontairement, sans avoir de rang particulier. L’idée de servir comme volontaire imprégna les esprits, même si dans les faits, il s’agissait plus d’une proposition de service, voire d’une métaphore.
Quand un général proposait de servir comme volontaire ou choisissait d’agir en tant que tel, il renonçait à quelque chose auquel il tenait. Une telle résolution suggérait un sentiment d’abaissement qu’il fallait surmonter en repartant presque de zéro.

Abstract
In 1703, Vauban, recently promoted as a marshal of France, wanted to conduct the poliorcetic works around Kehl, although Lewis XIV thought it would have been a service “ under his dignity ”. “ I will let the baston of marshal of France to the door and I will maybe help to the capture of the place ”, replied Vauban. These words were considered as a desire to sacrifice ranks, titles, honours in order to go on serving the State, when circumstances made it impossible.
This common sacrifice spirit was mixed with the figure of the volunteer, fighter personally engaged without any rank. This way of service inspired many minds, albeit in fact, it was rather a proposition or a metaphor than a real position in the army.
When a general proposed to serve as a volunteer or wanted to act like that, he resigned something he was attached to. He felt some degradation and disgrace he wanted to overcome by restarting from scratch.