Faire la guerre et faire la paix. Surmonter, prolonger et déplacer la guerre civile entre Ligue et Fronde
2013
François-Xavier Petit

Extrait de : "Combattre à l'époque moderne (édition électronique)"
Sous la direction de Bernard Gainot et Benjamin Deruelle
136e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Perpignan, 2011
Benjamin Deruelle, Paul Vo-Ha, Pascal Arnoux, François-Xavier Petit, Laurent Lemarchand, Guillaume Lasconjarias, Arnaud Guinier, Fadi El Hage, Nathalie Alzas, Pol Vendeville, Rémi Masson, Emilie Dosquet, Simon Surreaux
2013
p. 106-114
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Faire la guerre / faire la paix est « couple » structurant de la pensée politique dont le partage mérite d’être questionné. Y a-t-il la guerre d’un côté et la paix de l’autre ? L’enjeu, entre Ligue et Fronde, est plutôt de saisir comment guerre et paix s’interpénètrent. En parallèle d’études qui se penchent sur les formes quotidiennes et sociales de la réconciliation, il s’agit ici de s’intéresser aux mémoires concurrentes de la guerre civile, à la manière dont elles structurent les imaginaires, étirent la temporalité, programment des reflux et fonctionnent comme des ressources pour guider les acteurs dans le présent. Partant d’un cas de violence traité en 1600 par la chambre de l’Edit, nous voulons montrer que la guerre civile cache souvent des haines plus anciennes auxquelles elle fournit un espace d’expression. L’antagonisme prend alors du relief, et brouille le partage trop simple entre le moment de la guerre et le moment de la paix. Alors on comprend mieux pourquoi la guerre civile est la guerre du réveil, du feu jamais vraiment éteint. Mais ce réveil n’est pas uniquement un retour des clivages anciens. Ceux-ci sont actualisés, rejoués à nouveaux frais. À travers l’étude de quelques penseurs politiques, il est possible de montrer que le souvenir de la guerre civile se fait le lieu même où évoluent les conceptions politiques, le terreau dans lequel croissent de nouvelles théories du pouvoir. Guerre et paix méritent donc une construction qui évite une séparation trop franche, ouvrant de ce fait un grand espace, dans les interstices croisés de ces concepts massifs, pour lire le surpassement, le prolongement ou le déplacement des conflits, dans la première moitié du XVIIe siècle.