La guerre « pacificatrice » de 1720 : la lutte sanitaire contre la peste de Marseille et sa représentation par la monarchie absolue
2013
Laurent Lemarchand

Extrait de : "Combattre à l'époque moderne (édition électronique)"
Sous la direction de Bernard Gainot et Benjamin Deruelle
136e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Perpignan, 2011
Benjamin Deruelle, Paul Vo-Ha, Pascal Arnoux, François-Xavier Petit, Laurent Lemarchand, Guillaume Lasconjarias, Arnaud Guinier, Fadi El Hage, Nathalie Alzas, Pol Vendeville, Rémi Masson, Emilie Dosquet, Simon Surreaux
2013
p. 133-146
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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En 1720-1722, quand la monarchie mena pour la première fois la lutte contre la peste, elle le fit en l'assimilant ouvertement à une guerre : déclarations et considérations martiales dominèrent alors. Cette représentation n'est pas fortuite : l'effort massif qu'accomplit l'État fut d'abord militaire (avec le tiers de l'armée française sur le terrain pour l'assiéger de cordons sanitaires), de même que sa direction, ainsi au plan régional (avec le commandement donné en Languedoc à Berwick, le grand général de l'époque).
Avec ce retour du roi de guerre se manifesta encore l'absolutisme de guerre du XVIIe siècle. La logique militaire justifia l'essor de l'autorité jusqu'à l'arbitraire et la violence ; la centralisation et la lutte contre la société s'intensifièrent.
Du moins en partie seulement car cette guerre recelait une ambiguïté à la fois révélatrice et novatrice : elle était une mission « pacificatrice » tournée au service des populations locales ; elle traduisait la conversion de l'absolutisme à la paix rendue nécessaire par la pression d'une société en marche vers les Lumières pacifistes.