Se nourrir, se soigner, se droguer : autour du destin de Thomas De Quincey (1785-1859), le « mangeur d’opium anglais »
2014
Stavroula KAMPOUGERI

Extrait de : "Des mets et des mots (édition électronique)"
Sous la direction de Nicole LEMAITRE
138e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Rennes, 2013

Annick Batard, Guylaine Brun-Trigaud, Louis Bergès, Jean-loup D'hondt, Stavroula Kampougeri, Marie-pierre Zannier
Paris, éditions du CTHS
2014
p. 48-53
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)
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Journaliste, critique, romancier intarissable, Thomas de Quincey (1785-1859) aura durablement marqué les esprits par son ouvrage autobiographique dans lequel il décrit son errance comme jeune homme, ses expériences intérieures, ses envolées mystiques, ses douleurs hypocondriaques, ses étranges régimes alimentaires et son usage de l'opium. Très proche des « poètes du district des lacs », chantre comme eux de la nouvelle mystique de l'enfance, il représente par rapport à Wordsworth et Coleridge un versant plus sombre, marqué autant par l'usage excessif de l'opium que par des thématiques dites « gothiques ». L'intervention proposée mettra précisément en regard ces trois versants, étroitement imbriqués dans son œuvre autobiographique et dans ses romans :
- les étrangetés de son régime alimentaire (qu'on peut qualifier d'anorexique), dont il tenait une comptabilité minutieuse,
- l’usage spécifique qu'il fait de l'opium, que nous situerons bien entendu par rapport aux usages thérapeutiques très courants et abondants à l'époque, la notion de toxico-dépendance n'étant vraiment dégagée que bien plus tard,
- les thématiques mystiques gothiques, et spécialement celle de la fascination pour l'enfant à la fois mort et surnaturel.
Nous conclurons par quelques notations sur la postérité de ces liens étranges, notamment dans certains travaux psychanalytiques de J. Lacan sur le désir comme instance négative, préalable nécessaire à toute absorption de nourriture, et son envers, l'anorexie.