L’anthropophagie mystique dans l’art et la littérature fin-de-siècle : signe annonciateur d’une apocalypse
2015
Delphine DURAND

Extrait de : "Représentations et alimentation : Arts et pratiques alimentaires (édition électronique)"
Sous la direction de Dominique POULOT
138e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Rennes, 2013

Marlène DELSOUILLER, Delphine DURAND, Sandrine KRIKORIAN
Paris, Éditions du CTHS
2015
p. 35-44
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)
  Article en pdf à télécharger gratuitement
Le propre de la littérature et de l’art fin-de-siècle (1880-1900) fut d’organiser ses espaces fantasmatiques selon une topologie décadente. L’exemple du martyre de saint Jean-Baptiste synthétise toute la rhétorique du cannibalisme mystique. L’art fin-de-siècle réinterprète les textes bibliques et reprend la question de l’anthropophagie rituelle.
Ainsi, le banquet d’Hérode anticipant la Cène eucharistique permet de subvertir l’interdit puisqu’il s’agit de se repaître de chair et de sang dans un festin religieux, phénomène d’inversion qui connaît un développement intense entre 1870 et 1914. La fin du XIXe se réapproprie le cannibalisme mystique qui prône l’inverse du mot de l’Évangile : « Heureux les affamés et les assoiffés car ils seront rassasiés ». Dans la peinture et la littérature, la tête de Jean-Baptiste incarnant l’éternelle dévoration d’une époque en crise substitue le sacrifice à l’Art et préfigure les guerres à venir.