Une crise alimentaire « provoquée » ? La famine au Liban (1915-1918)
2016
Yann BOUYRAT

Extrait de : "Du terroir au garde-manger planétaire (édition électronique)"
Sous la direction de Gilles FUMEY
138e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques

Colette BOURRIER-REYNAUD, Yann BOUYRAT, Jérôme BURIDANT et Thomas FEISS, Colette JOURDAIN ANNEQUIN, Julien NOEL, Sylvie PELLERIN DRION, Fabrice PONCET, Ferenc TÓTH, Nessim ZNAIEN
2016
p. 22-37
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)
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Le Mont-Liban, petit territoire montagneux coincé entre la province de Saïda et celle de Damas, a, durant des siècles, présenté deux caractéristiques. L’esprit d’indépendance de sa population et sa fragilité alimentaire. Jusqu’en 1914, cette situation n’a jamais posé de problème, le Mont-Liban réussissant, grâce à ses exportations de soie, à importer suffisamment de nourriture pour satisfaire ses besoins.
Cet équilibre s’est rompu au cours de la Première Guerre mondiale : entre 1915 et 1918, la région fut touchée par une terrible famine qui emporta près du tiers de sa population. Cette période dramatique a laissé dans la mémoire libanaise des traces profondes et deux certitudes : la responsabilité écrasante des autorités ottomanes dans le déclenchement de la famine et le rôle clef joué par l’armée française dans le sauvetage de la population.
Ces deux certitudes doivent, selon nous, être nuancées : loin d’être simples, les facteurs expliquant la famine libanaise sont multiples, à la fois humains et naturels, intentionnels et accidentels. La même remarque s’applique au rôle joué par l’armée française : son apport, sans être négligeable, fut sans doute moins exclusif et moins désintéressé qu’on ne l’a dit. Sur ce sujet comme sur tant d’autres, des discordances existent donc entre la mémoire et l’histoire, discordances que seule l’étude des sources permet d’atténuer.