Chasser et manger la viande de brousse : des impératifs pratiques à la distinction sociale
2016
Maxime Michaud

Extrait de : "Manger moral, manger sauvage ? (édition électronique)"
Sous la direction de Sergio Dalla Bernardina
138e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Rennes, 2013
Textes de Catherine-Marie Dubreuil, Céline Emery, Yassine Kervella-Mansaré, Émilie Mariat-Roy, Maxime Michaud, Deborah Nadal, Christelle Pineau, Fabien Riera, Rita Vianello
Éditions du CTHS
2016
p. 119-128
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)
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Construit symboliquement comme constituant le comble du sauvage, le continent africain a, dès le XVIIIe siècle, été le théâtre de chasses de quelques voyageurs. Principalement destinées à nourrir les membres de l’équipe, ces chasses ont progressivement pris un sens symbolique particulier. Lors des explorations du XIXe siècle, le fait de nourrir les populations devient un marqueur du pouvoir des colons et de leur supériorité. Au tournant des XIXe et XXe siècles, l’importation d’une éthique cynégétique britannique va renforcer la valorisation du trophée au détriment de la viande, marquant ainsi une différence entre les colons et les chasseurs locaux. Cet exemple, nourri par une approche relevant de l’anthropologie historique, montre le rôle de marqueur social que peut revêtir le fait de manger de la viande de brousse, permettant de distinguer le sauvage du civilisé. Il témoigne de la prégnance de représentations issues de la période coloniale lorsqu’il s’agit de penser le rapport au monde sauvage. Il permet également de souligner la façon dont certains chasseurs contemporains peuvent se rapprocher paradoxalement des végétariens militants, allant parfois jusqu’à refuser de tuer l’animal.